Un nouveau bac, qui perd son caractère national

Dès le bac 2021, une part importante du baccalauréat se fera en contrôle continu sur les deux années de première et de terminale.

A première vue, le contrôle continu présente ses avantages pour les élèves: moins de stress d’un examen final, résultat qui ne repose pas que sur une seule note, charge de travail mieux répartie, motivation entretenue sur les 2 années… Mais cette organisation soulève aussi plusieurs problèmes :

La pertinence du contrôle continu

Le contrôle continu, contrairement à ce que l’on peut croire, n’avantage pas forcément les élèves « moyens » qui progressent lentement au cours d’une année. Exemple : un élève qui commencerait l’année avec des notes autour de 10/20 et terminerait avec des notes autour de 14/20 se retrouverait avec une moyenne globale inférieure au niveau qu’il a acquis en fin d’année.

De nombreuses épreuves

Il y aura au final un nombre d’épreuves plus important : 21 contre 14 actuellement, donc pas forcément moins de stress, et sur un temps plus long:

Une lourde organisation pour les établissements

A chaque session d’épreuves, c’est toute une organisation à mettre en place pour le lycée, à la charge des professeurs et administratifs : des heures de réunions pour le choix des sujets, la surveillance, les corrections…

  • Le ministère assure que pour toutes ces épreuves, « les copies anonymes seront corrigées par d’autres professeurs que ceux de l’élève. Une harmonisation sera assurée ». Ces dispositions doivent en effet être garanties, sans quoi la relation entre le prof et ses élèves serait grandement dénaturée. Cependant, les équipes pédagogiques s’interrogent sur la façon d’organiser ces corrections et s’inquiètent du temps nécessaire à s’organiser entre établissements pour ne pas corriger les copies d’élèves qu’il connaissent, organiser des jurys et des réunions d’harmonisation, de préparations et de corrections.
  • Les sujets de ces épreuves communes seront choisis, selon le ministère, dans une banque de données officielle. Cela soulève quelques questions : Les professeurs vont-ils choisir eux-mêmes les sujets pour leurs élèves? Avec quelle objectivité? Les professeurs d’un même lycée devront-ils s’accorder pour travailler exactement au même rythme pour pouvoir traiter le même sujet à la même session d’examen?

Du temps perdu pour l’enseignement

Ces nombreuses sessions d’examens représentent du temps passé à évaluer les élèves et donc du temps perdu d’enseignement. Si les équipes souhaitent en plus organiser des examens blancs pour bien préparer les élèves, le temps d’enseignement sera encore réduit. Une partie de la note du bac correspondra aux notes de l’année, ce qui entraînera encore du temps d’évaluation au détriment du temps d’enseignement.

Loin de limiter le bachotage, c’est à l’inverse à une intensification du bachotage au détriment de l’acquisition progressive des méthodes d’investigations propres à chaque discipline que l’on risque d’assister. (J-Y. Mas, Professeur de SES, sur le site Analyse Opinion Critique (A.O.C.) le 22/02/2019).

Un oral à hauteur de son ambition?

Une nouveauté : un examen final sous la forme d’une épreuve orale, qui repose sur la présentation d’un projet préparé dès la classe de première par l’élève. D’une durée de 20 minutes, cet oral se déroulera en deux parties :

  • la présentation du projet, adossé à une ou deux disciplines de spécialités choisies par l’élève ;
  • un échange à partir de ce projet permettant d’évaluer la capacité de l’élève à analyser en mobilisant les connaissances acquises au cours de sa scolarité, notamment scientifiques et historiques.

Savoir s’exprimer dans un français correct est essentiel pour les études, pour la vie personnelle et professionnelle. Parce que l’aisance à l’oral constitue un marqueur social, il convient justement d’offrir à tous les élèves l’acquisition de cette compétence. (Site officiel de l’Éducation Nationale)

 L’enjeu de cet oral est donc très important. Cependant, c’est dans sa préparation que réside tout son sens : il faudra prendre le temps nécessaire aux élèves de découvrir puis de s’approprier les techniques spécifiques de l’oral et que les professeurs soient formés à son enseignement, car c’est un domaine peu développé en France (Cf la tribune de C. Delhay parue dans Libération le 15/02/2019). Sans quoi cet oral sera une épreuve de plus qui ne fera que favoriser les élèves issus de milieux aisés. Or, pour le moment, la réforme reste très floue sur le cadrage de la préparation à cet oral : sur quelles heures d’enseignement, par quels professeurs, quelle formation des professeurs, quelle fréquence, quels dispositifs (en individuel, en groupes, en classes entières)?

Le bac 2021 est donc en partie la fin d’un examen national devant lequel tous les élèves étaient confrontés au même sujet au même moment. 40% de sa valeur sera désormais « locale », puisqu’elle dépendra des sujets choisis, des enseignant.es qui auront corrigé, et de la réputation de l’établissement dans lequel il a été passé, avec le risque que cela comporte d’aggraver encore la concurrence entre les établissements.