Des réformes profondément sociales ?

Nous allons partir de la source, une citation de Jean-Michel Blanquer sur twitter :

« C’est une loi profondément sociale par son objectif et ses modalités. » Jean-Michel Blanquer

Il évoque alors l’école dès l’âge de trois ans, l’école inclusive, la formation des 16-18ans…

Une loi sociale, vraiment ?

  • L’école dès l’âge de trois ans : en réalité déjà 97% des enfants sont scolarisés dès l’âge de trois ans. Le seul département français auquel cette mesure va profiter est le département de Mayotte fortement touché par le décrochage scolaire et dans lequel seuls 70% des enfants étaient scolarisés. Ce que cette loi entraîne en métropole en revanche, c’est le financement par les communes des écoles maternelles privées en plus des écoles publiques et de l’école élémentaire privée. Et cela sans garantie de compensation financière par l’Etat.

Quelles conséquences ? Une inégalité accentuée entre les territoires selon les moyens des mairies ainsi qu’une hausse des impôts locaux ou une diminution des moyens de l’école publique.

« L’instruction obligatoire à 3 ans est une mesure sociale pour les milliers d’élèves que nous scolariserons Elle est un grand signal de valorisation de l’école maternelle » Jean-Michel Blanquer

Point Actu : Au sénat, l’opposition avaient proposé un amendement pour créer de la mixité sociale dans les écoles privées en compensation de ce nouveau financement. Celui-ci a été rejeté mercredi 15 mai par le sénat.

  • L’école inclusive : à l’heure actuelle, les élèves en situation de handicap et en capacité de suivre la classe avec les autres avec un encadrement particulier se voient attribué par une commission un AESH (accompagnant pour élèves en situation de handicap). La loi souhaite créer des PIAL (Pole inclusif d’accompagnement localisé) qui seraient des zones regroupant plusieurs écoles/collèges/lycées. Les AESH ne seraient plus attribués à un élève mais à une zone. Le directeur disposerait alors de lui pour lui attribuer le suivi de plusieurs enfants avec des handicaps différents et sur différents établissements. En parallèle de nombreux IME (Institut médico-éducatif) sont fermés.

Quelles conséquences ? Une affectation collective de l’AESH reviendrait à diminuer le nombre d’heures d’accompagnement dont disposerait l’élève en situation de besoin. De plus un AESH qui se verrait attribuer jusqu’à 5 élèves différents et parfois autant de handicap est mis en difficulté. L’école inclusive est certes profitable à l’enfant mais uniquement si est mise à sa disposition l’aide qui lui permettra de réussir !

  • La formation des lycéens : la réforme du baccalauréat prévoit la diminution des heures d’enseignement de maths et de français dans les lycées professionnels. Allant jusqu’à ne conserver qu’une heure de chaque dans certaines filières.

Quelles conséquences ? Les enseignements généraux soi-disant primordiales pour notre ministre, sont quasiment supprimés dans les lycées professionnels, cela permet évidement de récupérer des postes d’enseignants (en effet, l’objectif du gouvernement est 120 000 postes de fonctionnaires en moins d’ici 2022, rappelons-le…) mais cela se fait en plus au détriment de lycéens généralement issus de milieux défavorisés.

  • Les EPLEI : L’article 6 met en place des établissements publics locaux d’enseignement international. Ces établissements mettraient en place des filières particulières dont l’accès serait réservé à des enfants bilingues. Ceux-ci seraient acceptés à partir de l’âge de 4 ans sur entretien. Le brevet et le baccalauréat seraient des diplômes internationaux, différents de ceux que les autres élèves français passeraient dans des établissements « normaux ».

Quelles conséquences ? Dans cet article sont créées des écoles d’élites avec un enseignement spécial dispensé aux enfants, avec des diplômes qui, de par leur caractère européen, seraient davantage reconnu. L’écart se creuse entre les élèves dès l’âge de 4 ans….

  • L’article 1 : cet article rappelle le devoir de réserve des fonctionnaires et insiste sur leur devoir d’exemplarité des fonctionnaires. Il intervient à une période où de nombreux enseignants sont déjà interpellés pour leurs idées (prise de position sur les réseaux sociaux, volonté pédagogique différente de celle du gouvernement…) Le sénat a également ajouté un amendement qui supprime les allocations des parents dont les enfants auraient un trop fort absentéisme…

Quelles conséquences ? Les enseignants se voient limités dans leur liberté d’expression et dans leur liberté pédagogique. Il y a une volonté de mettre au pas et d’uniformiser au maximum l’enseignement. De plus en instaurant la suppression des allocations, on transforme un enseignant qui signale une absence en délateur. On sanctionne ainsi des familles qui sont déjà souvent démunies face au décrochage scolaire

Point Actu : Le 15 mai, le sénat a voté l’interdiction pour des mamans voilées d’accompagner une classe en sortie scolaire. Ainsi une part importante des familles dans les écoles des quartiers défavorisés est mise à la marge de la vie scolaire.