Les « évaluations nationales »

Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a imposé des évaluations standardisées en CP, CE1, 6ème et seconde en septembre 2018. Concrètement, les enseignant.es doivent faire passer des évaluations dans des cahiers d’évaluation fournis par le ministère, en suivant un script écrit à l’avance, puis rentrer les résultats dans une application sur internet pour faire « remonter » les résultats.

Enseignant.es VS « évaluations CP »

Les évaluations de CP ont cristallisé à la fois le plus d’enjeux, mais aussi de critiques et de résistances. A Paris, avant de recevoir des menaces de sanctions, plus de 30% des enseignant.es de cours préparatoire avaient refusé de faire « remonter les résultats ».

Des critiques didactiques

La didactique est « l’étude des questions posées par l’enseignement et l’acquisition des connaissances dans les différentes disciplines scolaires ». Les évaluations nationales ont été d’abord critiquées sur leur contenu et la manière dont elles ont été créées.

On a confié la construction des  évaluations aux cognitivistes du Conseil scientifique de l’Education nationale qui ne connaissent pas l’école.

Roland Goigoux, chercheur sur l’apprentissage de la lecture

Les exercices proposés dans les évaluations nationales de CP ont été critiqués parce qu’ils ne correspondaient pas à ce que les élèves faisaient à l’école. L’échec face à certains exercices s’expliquant finalement assez simplement par le fait que ces types d’exercices étaient nouveaux pour les élèves.

En français

Roland Goigoux, chercheur reconnu sur l’enseignement de la lecture, a abondamment critiqué les évaluations CP : pour lui, une insistance trop importante sur « le code » (c’est-à-dire l’apprentissage « B-A, BA » de la lecture) risque de faire diminuer la place des autres apprentissages liés à l’écrit dans les classes (comme la compréhension d’histoires racontées, la production d’écrits, le vocabulaire).

Évaluations nationales CP, lecture, février 2019

En mathématiques

Certains exercices de mathématiques, conçus selon les thèses d’un neuroscientifique, proche de Jean-Michel Blanquer, étaient largement critiqués comme ne correspondant pas à la manière de travailler à l’école et de concevoir les apprentissages. Inspirés du travail de laboratoire, ces exercices devenaient ineptes dans le cadre scolaire.

Le chercheur en didactiques
des mathématiques Rémi Brissiaud a en outre attaqué les fondements scientifiques de ces exercices. Il écrivait en janvier 2019 à propos des évaluations : « Pourquoi, dans ses actions concrètes, semble-t-il [le ministère] préférer que les enseignants reviennent aux pratiques préconisées dans les programmes de 1986, 1995, 2002 et 2008, ceux qui ont accompagné un effondrement des performances en calcul des écoliers français ? » .

Des critiques éthiques

En rentrant les résultats des évaluations dans l’application en ligne, les enseingnant.es participent à produire des données numériques sur les enfants. Beaucoup de craintes et de critiques ont été émises quant à l’utilisation et au destin de ces données.

Un anonymat mal garanti: si le ministère assure donner un numéro anonyme lorsque les données sont utilisées par un prestataire externe, ce numéro n’est pas aléatoire et permet de retrouver l’origine des données.

Une politique scolaire en question

Les enseignant.es, de simples exécutants ?

Les évaluations nationales sont critiquées en tant qu’elles restreignent la liberté pédagogique des enseignant.es. L’enjeu de la liberté pédagogique n’est pas une obsession libertaire contre toutes normes, mais la possibilité pour les enseignant.es de penser, concevoir et d’adapter leur enseignement et leur pédagogie à tous leurs élèves.

En imposant des exercices, les évaluations imposent des manières d’enseigner et un rythme d’apprentissage. Cela doit conduire à une uniformisation des pratiques pédagogiques selon ce qui est décidé par le ministère.

Dans les évaluations nationales, les enseignant.es n’avaient pas à réfléchir : ils/elles devaient lire un script déjà rédigé, puis remplir le logiciel sans analyser eux/elles-mêmes les résultats des élèves (le logiciel était censé le faire pour elles/eux).

Vers une école néo-libérale ?


Les évaluations nationales doivent être comprises dans le contexte de suppression du CNESCO au profit du Conseil d’évaluation de l’école, ayant pour but d’évaluer les établissements scolaires (art.9 de la loi).

L’idée du ministère est d’imposer une forme de management par objectifs dans les écoles, comme cela existe dans d’autres pays européens.

Ces pratiques d’évaluations ont pour corollaire la mise en concurrence des écoles.

Une pratique autoritaire

A Paris, face à la résistance massive des enseignant.es de CP, le DRH de l’Éducation Nationale a lancé des menaces de sanctions envers les professeur.e.s réfractaires. Face à la mobilisation, le Rectorat de Paris a annoncé l’abandon des sanctions.