La situation des AESH

Qui sont les AESH?

Les AESH sont les Accompagnant.e.s d’Elèves en Situation de Handicap. Avant 2013, ils et elles étaient appelé.e.s AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire). Les AESH sont des contractuels de la Fonction Publique d’État. Leur mission est d’accompagner les élèves en situation de handicap à l’école, au collège ou au lycée.

Au début, après la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, les AESH ont été recruté.e.s parmi les assistants d’éducation (« surveillant.e.s »). Puis, on les a recruté.e.s avec soit un contrat de droit public, la plupart en CDD; soit en PEC-CUI, c’est-à-dire en contrat d’insertion (droit privé). En 2017, on comptait 42 000 AESH en contrat de droit public et 43 000 AESH en contrat d’insertion, pour accompagner plus de 156 000 élèves. Ces personnels travaillant à temps partiel imposé (voir ci-dessous), ces chiffres correspondent à 26 800 équivalents temps plein en droit public et 25 000 en droit privé. Dans les faits, les AESH font en général jusqu’à 6 ans de CDD avant d’éventuellement obtenir un CDI, mais ce n’est pas la règle; beaucoup cherchent ensuite un autre emploi. Certain.e.s font même d’abord un contrat d’insertion pendant 2 ans, puis enchaînent avec 6 ans de CDD. (Chiffres du rapport de la Cour des comptes de mars 2018)

La majorité des AESH est donc en contrat précaire, et plusieurs cumulent des emplois pour s’en sortir.

Il existe trois types d’AESH :

  • L’AESH Individuel accompagne un élève qui a de gros besoins d’accompagnement.
  • L’AESH Collectif travaille avec plusieurs élèves dans une classe ULIS (classe spécialisée, dont les élèves sont en général inclus une partie du temps dans une classe non spécialisée).
  • L’AESH Mutualisé (créé en 2012) accompagne plusieurs élèves qui bénéficient d’un temps d’accompagnement faible.

Les problèmes actuels

Leur temps de travail étant annualisé, les AESH doivent faire 1607 heures sur 39 semaines par an. Pour faire un temps plein, il faudrait donc travailler 41h par semaine. Donc l’immense majorité est en temps partiel imposé : 20h30 (50%), 24h (59%), 32h… Payé au SMIC, ce qui entraîne de très faibles salaires, en plus de leurs contrats précaires. De plus, comme il n’y a que 36 semaines de classe, en fin d’année, les chefs d’établissements demandent aux AESH de rester faire du travail administratif pour compléter leurs heures, alors que cela ne fait pas partie de leur contrat.

Cette fonction demande aussi un temps de travail invisible non reconnu : les temps d’échange avec les enseignant-es, les temps de préparation, d’auto-formation, etc. Il n’y a pas de temps de concertation et de préparation prévu de base dans leurs emplois du temps.

Des AESH souffrent également d’une mauvaise image, et l’accueil dans les écoles et les établissements est souvent difficile. Il faut s’imposer, trouver sa place.

Les AESH sont aussi très mal formés: une formation d’à peine 60h par an, qui a souvent lieu après la prise de fonction et est assez superficielle. Il n’y a pas de formation sur les gestes spécifiques a adopter en fonction du type de handicap, ni sur les outils de remédiation à mettre en place. Ils et elles disent qu’il faut toujours être dans la débrouille et l’auto-formation.

Des AESH signalent également qu’ils-elles ont de plus en plus souvent des changements d’affectation en cours d’année, sans être consulté.es.

Sur le terrain, les AESH individuels et mutualisé.es sont ammené.es à accompagner de plus en plus d’élèves. Dans le second degré, les chefs d’établissements ont la latitude donnée par le rectorat de réaffecter les AESH auprès des élèves qui en ont besoin dans leur établissement. Ainsi, certain.e.s AESH accompagnent jusqu’à 6 élèves en situation de handicap. Dans le second degré, l’accompagnement mutualisé est parfois dévoyé : les élèves ayant droit à un accompagnement sont regroupé-es dans les mêmes classes. Les chefs d’établissements demandent alors aux AESH d’accompagner plusieurs élèves en même temps alors que les textes précisent bien que l’accompagnement est individuel: le ou la même AESH peut accompagner plusieurs élèves mais sur des temps différents.

Dans certaines écoles et certains établissements du second degré on demande aux AESH d’effectuer des tâches qui ne sont pas dans leur contrat. Dans le domaine de l’inclusion par exemple: s’occuper seul.e du dispositif ULIS quand l’enseignant.e n’est pas là ; mais également dans d’autres domaines : aider des élèves sans reconnaissance MDPH et sans notification d’accompagnement, aider les documentalistes, les secrétaires…

Témoignages à lire sur le site du collectif AESH en action!

Toutes ces conditions créent une grande précarité et une grande souffrance au travail, pour des personnes dont la mission est pourtant indispensable à la scolarisation des enfants en situation de handicap.

Les réformes en cours: quelles conséquences?

Fin 2018 début 2019 a eu lieu une grande concertation nationale sur l’école inclusive, menée par le ministère.

Ces propositions ne proposent aucune évolution du statut des AESH ni de leur formation, excepté que les contrats d’insertion disparaissent.

En revanche, elles proposent un dispositif « multi-employeur », qui est d’ailleurs appuyé par la commission d’étude du Sénat: les AESH pourront travailler sur le même contrat pour:

  • l’éducation nationale sur le temps scolaire,
  • les collectivités territoriales sur le temps périscolaire,
  • les familles ou autres partenaires sur le temps extra-scolaire.

Le ministère propose donc aux AESH d’augmenter leur temps de travail pour augmenter leur salaire, au lieu de revaloriser le travail déjà effectué.

Quant aux Pôles Inclusifs pour l’Accompagnement Localisé (PIAL) prévus par la loi pour l’école de la confiance, ils inquiètent les AESH car ils et elles pourraient être affecté.e.s à un PIAL plutôt qu’à un ou plusieurs élèves. Les PIAL regrouperaient des écoles, collèges, lycées. Pour le moment, il n’est pas précisé clairement comment fonctionnerait un PIAL: qui le superviserait? Comment seraient recruté.e.s et affecté.e.s les AESH? Comment seraient répartis leurs temps d’accompagnement entre les différents élèves? Qui évaluerait les besoins d’accompagnement des élèves? Là où les PIAL sont déjà expérimentés, par exemple dans l’académie de Strasbourg, la logique de mutualisation est très claire, et les AESH sont effectivement affecté.es à un PIAL, et on leur demande « adaptablité » et « diversité ».

Ces nouvelles mesures ne répondent donc en rien à la principale revendication des AESH: devenir un personnel à part entière, qualifié et reconnu, de l’Education Nationale. Elles risquent même de dégrader encore leurs conditions de travail.

Compte-rendu de la réunion du collectif AESH en lutte avec le DASEN de Paris le 21/06/2019

Des tracts sur la lutte des AESH:

A lire aussi, sur la scolarisation des élèves en situation de handicap: