Des nouveaux programmes très controversés

La réforme du lycée est accompagnée d’un changement des programmes. Elaborés dans un contexte de scandale au sein du Conseil Supérieur des Programmes (démissions de plusieurs membres, graves dysfonctionnements, abus de pouvoir…) ces programmes ont été rejetés par le Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) les 18 et 19 décembre 2018, mais le ministre ne les a pas modifiés pour autant.

L’ensemble de ces dysfonctionnements ne peut qu’avoir des conséquences très négatives sur la qualité et l’orientation des programmes qui sortent d’un tel processus. Ce seront donc malheureusement les jeunes Français qui feront les frais de ce déni de démocratie et de ce refus du pluralisme (Tribune d’ancien.nes membres du CSP parue dans le Café pédagogique le 07.11.2018)

Le questionnaire qui avait été soumis aux professeurs après la première version des programmes a été qualifié de pseudo-consultation puisque l’essentiel de ces réformes figurait dès 2016 dans le livre de Jean-Michel Blanquer « L’école de demain ». (Cf. Article de la Fondation Copernic)

Les principales critiques faites à ces nouveaux programmes:

  • Les nouvelles matières de spécialités et cours interdisciplinaires devront être enseignées par des professeurs qui n’y ont pas été formés. Les professeurs vont donc devoir « s’arranger entre eux » pour savoir qui enseigne quoi (avec des conflits qui pourraient naître pour se répartir des heures de cours afin de « sauver des postes »), créer une somme de nouveaux contenus pédagogiques, et à terme on peut craindre une dévalorisation du métier de professeur spécialiste d’une discipline.

Un enseignant est compétent dans sa propre discipline, et même s’il a des connaissances dans d’autres disciplines proches, cela ne fait pas de lui un spécialiste apte à l’enseigner. Une discipline ne se résume pas uniquement à des connaissances empilées les unes sur les autres, mais elles sont, selon l’expression de Jean-Pierre Astolfi, ce qui permet de donner de «la saveur aux savoirs». Porter atteinte aux disciplines, c’est supposer à terme, que n’importe qui pourra enseigner n’importe quoi . (J-Y. Mas, Professeur de SES, sur le site Analyse Opinion Critique (A.O.C.) le 22/02/2019).

  • Le niveau de ces programmes est très ambitieux, mais non adapté aux besoins des élèves. Les enseignant.es alertent sur le fait que pour augmenter le niveau des élèves, il faut consolider la formation générale (contenus de base et méthodologie) sans quoi ils ne peuvent approfondir une discipline. Il ne suffit donc pas de relever le niveau des programmes en les rendant plus pointus, pour élever le niveau général.
  • La disparition des maths du tronc commun a été largement critiquée, car le programme de la spécialité maths, correspond à l’ancien niveau de maths en filière S, ce qui empêchera les élèves qui ne sont pas « excellent.es » dans cette matière de continuer à faire des mathématiques. Or, de très nombreux domaines nécessitent de maîtriser certains outils mathématiques. (A lire : article paru dans Libération « La place des maths »)
  • Dans certaines matières, notamment le français et l’histoire-géographie, les contenus sont imposés, d’où une remise en question de la liberté pédagogique des enseignant.es.
  • En première, les matières scientifiques sont regroupées dans un cours intitulé « enseignements scientifiques », qui, selon le Syndicat SNES, paraît trop ambitieux pour un enseignement de tronc commun, dans un nombre d’heures trop réduit, ce qui entraînera probablement la baisse des expérimentations faites en demi-classes. De plus, les maths n’y occupent qu’une place de simple outil et les professeurs de SVT et physique-chimie vont devoir se débrouiller pour mettre en place cette nouvelle interdisciplinarité.
  • La pertinence de ces programmes pour doter les élèves d’outils d’analyse du monde actuel est mise en question. On reproche notamment aux programmes de Sciences Économiques et Sociales de présenter uniquement une vision ultra libérale de l’économie, de réduire la sociologie aux « liens » sociaux sans évoquer les groupes sociaux, les classes sociales et la domination . Quant aux programmes d’Histoire et Géographie on leur reproche de favoriser l’histoire politique au détriment de l’histoire sociale, et de ne pas analyser les problèmes d’aménagement du territoire en tant que problèmes sociaux et politiques. (Voir les articles du collectif Aggiornamento)

A lire : l’analyse des programmes par Sud Éducation

Ces nouveaux programmes ont donc été imposés à la communauté éducative malgré l’avis négatif des enseignant.es et du Conseil Supérieur des Programmes, en raison de leur niveau inadapté aux besoin des élèves et de leur orientation idéologique.