Article 14 : Pré-professionnalisation des Assistants d’Education (AED)


Chapitre VI : Dispositions relatives aux assistants d’éducation.
Des assistants d’éducation peuvent être recrutés par les établissements d’enseignement mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV pour exercer des fonctions d’assistance à l’équipe éducative en lien avec le projet d’établissement, notamment pour l’encadrement et la surveillance des élèves.
« Les assistants d’éducation inscrits dans une formation dispensée par un établissement d’enseignement supérieur délivrant un diplôme préparant au concours d’accès aux corps des personnels enseignants ou d’éducation peuvent se voir confier progressivement des fonctions pédagogiques, d’enseignement ou d’éducation. »

Les assistants d’éducation (AED) sont des agents du service public non titulaires, c’est à dire contractuels, embauchés dans les établissements scolaires. Il s’agit souvent d’étudiants. Notamment, dans le secondaire, ils assurent l’encadrement des élèves sur les temps périscolaires.

Avec ce nouvel article, l’intérêt pour les étudiants serait d’être correctement accompagnés dans leurs divers projets professionnels tournés vers les métiers de l’enseignement ; ce qui paraît à première vue légitime.

Les objectifs annoncés dans l’étude d’impact de la loi consistent à favoriser la pré-professionnalisation des étudiants, compenser l’abandon de leurs études universitaires en deuxième année de licence (L2) et accroître l’attractivité du métier. Notamment, un contrat de trois ans suivi dans le même établissement serait alors proposé en priorité aux étudiants boursiers .

L’étude d’impact livre aussi un tableau indicatif de la progressivité des missions confiées à ces étudiants recrutés comme AED au fil de leur cursus universitaire, en guise de “pré-professionnalisation”. Ces missions pourront s’exercer aussi bien dans les établissements primaires que secondaires :

En l’espèce, cela signifie surtout que, dès leur deuxième année d’études après le bac (L2), des étudiants « se [verront] confier progressivement des fonctions pédagogiques d’enseignement ou d’éducation ». Ces tous jeunes étudiants pourront organiser des activités « en cas d’absence ponctuelle et prévue » des enseignants. En clair, être seuls devant élèves, à la place du professeur. En première année de Master (M1), les étudiants seront appelés à devenir purement et simplement les remplaçants des enseignants absents.
L’étude d’impact indique qu’un tutorat en établissement entre assistants d’éducation (AED) et enseignants titulaires sera prévu, mais sans en préciser les modalités : sur quel temps, avec quel dispositif pédagogique, avec quelle rémunération pour le travail supplémentaire ainsi réalisé par les enseignants accueillants des assistants d’éducation ?
Tout ceci reste en suspend.

Il apparaît surtout possible que, très tôt dans leurs parcours d’étudiants, les assistants d’éducation pourront se voir confier des missions incombant habituellement à des professeurs remplaçants titulaires et formés. Et ce aussi bien dans l’enseignement secondaire que dans l’enseignement primaire.
Depuis de trop nombreuses années, le nombre de professeurs titulaires n’est pas suffisant pour assurer toutes les charges de remplacement des enseignants absents. Trop régulièrement, les élèves dont l’enseignant est absent se voient répartis dans les autres classes de leur école, placés dans la salle de permanence de leur collège et invités au mieux à mener des activités occupationnelles.

Un article paru en octobre dernier sur le site de L’Express indique les données suivantes en s’appuyant sur le rapport de la Cours des comptes de 2017 ( L’Express, “Profs non remplacés : 26 000 heures de cour perdues”, 9 octobre 2018 ) :

Le problème du non remplacement des enseignants est récurrent, et connu. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2017, les absences des enseignants de l’enseignement public représentaient 13,6 millions de journées en 2014-2015. Mais, parmi elles, le taux de remplacement peut varier du tout au tout. Dans le premier degré, où le remplacement est obligatoire dès le premier jour, le taux de couverture moyen des absences était de 80,2% en 2016. Dans le second degré, la quasi totalité des absences de plus de quinze jours (8,5 millions de journées) sont remplacées. En deçà, il n’est pas obligatoire d’affecter un professeur titulaire remplaçant, et c’est à l’équipe de l’établissement de s’organiser, sur la base du volontariat, pour combler l’absence de leur collègue. La Cour des comptes estime dans ces cas-là que le taux de remplacement est compris entre 5% et 20%, là où le ministère affiche le chiffre de 38%.

Les solutions pour pallier à ces manques pourraient consister à ouvrir des postes d’enseignants titulaires et formés en nombre suffisant aux concours de recrutement, à rendre ces postes suffisamment attractifs, notamment en revalorisant la rémunération des enseignants et en mettant en place une formation efficace.
Ici, l’article 14 du projet de loi dite “Pour une école de la confiance” semble en réalité s’inscrire dans le renforcement d’une logique déjà à l’oeuvre, fondée sur les économies de moyens humains et non sur l’intérêt des élèves.

En juin dernier, Le café pédagogique indiquait (Le café pédagogique, L’expresso, “Recrutement : la croissance exponentielle des contractuels dans l’éducation nationale”, François Jarraud, 19 juin 2018) :

Le nombre d’enseignants augmente donc entre 2012 et 2016-17. En 2012-13 on comptait 854 492 enseignants. En 2016-17 on en a 889 345, soit  34 853 de plus. Mais qui sont ces enseignants ? Le graphique ci dessus illustre l’évolution des enseignants et non enseignants selon le statut. On observe déjà une croissance forte des non titulaires entre 2012 et 2015-16. Quand les enseignants titulaires augmentent de 1%,les non titulaires vont 4 fois plus vite. Mais en 2016-17 on passe à la vitesse supérieure. Les non titulaires augmentent de 10% quand les titulaires ont une croissance de 1%. […] Cette hausse des contractuels de l’enseignement public est aussi liée à la modification du statut des enseignants contractuels, rappelle la Depp, avec le décret du 29 août 2016 qui permet aux académies de recruter des contractuels en cours de licence ou de master pour occuper des postes vacants ou assurer des remplacements.

La loi dite “Pour une école de la confiance” semble vouloir consacrer cet état de fait, et le Ministre de l’Education nationale ignorer qu’enseigner est un métier, qu’il faut un temps serein pour les études avant celui du travail.

De même, dès leur troisième année de licence, il apparaît que les assistants d’éducation seront amenés à prendre en charge les élèves les plus en difficultés : notamment, ils pourront avoir en charge des “activités éducatives, notamment interventions dans les APC”. Les activités pédagogiques complémentaires (APC) sont régulièrement utilisées par les enseignants pour mener des activités de remédiation à destination d’élèves en difficultés ponctuelles, en petit groupe et en développant des outils d’apprentissages spécifiques.
Cet aspect de l’article 14 semble vouloir nier ce qui constitue le coeur du métier d’enseignant : agir, auprès des élèves et dans leurs apprentissages, en tant qu’expert de terrain. Il semble en effet risqué pour l’intérêt des élèves de confier ce type de mission à des étudiants, encore au début d’une phase dite de “pré-professionnalisation”.

Ces mesures semblent poursuivre en réalité la politique initiée par le Ministère dès 2017 quand il s’était agit d’utiliser le vivier des enseignants placés sur les postes dits “Plus de maîtres que de classes” pour mettre en place le dédoublement des CP en éducation prioritaire, sans recrutement d’enseignants supplémentaires. A titre d’exemples, de nombreux articles publiés sur les sites syndicaux en 2017 avaient dénoncé cette méthodologie gouvernementale. Ceci avait amené notamment le Snuipp à déclarer :

Pour prévenir les difficultés scolaires, il faut aussi former et recruter des personnels spécialisés afin que les RASED retrouvent les effectifs d’avant 2008, avant que les gouvernements Fillon ne suppriment 5000 postes. Pour cela il faut investir durablement dans le premier degré pour combler le retard avec la plupart des pays comparables au nôtre et qui réussissent beaucoup mieux en termes de réussite des élèves et de lutte contre les inégalités. Les enseignants veulent en premier lieu pouvoir travailler sereinement, sans pilotage à vue au gré des alternances et sans remise en cause arbitraire du travail mené depuis plusieurs années. Pour le SNUipp-FSU les décisions du ministère obèrent une rentrée sereine dans l’éducation prioritaire. Le SNUipp continuera de défendre le dispositif « Plus de maîtres que de classes ». C’est pourquoi il a lancé une grande collecte de témoignages pour donner la parole aux enseignants et la porter au ministre. Il décidera avec eux de nouvelles modalités de poursuite de l’action.

Par ailleurs et pour finir, aucun élément précis n’est donné dans le projet de loi dite “Pour une école de la confiance” quant à la rémunération des étudiants assistants d’éducation dans le cadre de cette pré-professionalisation. Rien n’est dit non plus quant au temps que ces étudiants devront consacrer à ces véritables charges d’enseignement.

En réalité, l’école a besoin d’enseignants en nombre suffisant, dotés d’une formation approfondie, spécifique et de qualité, et d’une rémunération à la hauteur de ces ambitions.
Une formation ambitieuse pour les futurs enseignants, c’est une formation faite d’apports théoriques conséquents en alternance avec des stages d’observation et de mise en situation.
Ces stages rémunérés sont évidemment nécessaires. Mais ceux-ci devront être assurés dans les classes d’enseignants volontaires, en présence de ces derniers, qui resteront formés et rémunérés pour ces charges spécifiques de travail.

A lire aussi, le tract de revendications des assistant.es d’éducation: